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Quelle fin de vie pour les panneaux photovoltaïques ?
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7 décembre 2009 - Ces neuf dernières années, le volume de panneaux solaires photovoltaïques installés dans le monde, a été multiplié par trente cinq. Considérés comme respectueuses de l’environnement, ces installations sont loin d’être biodégradables. Au milieu de l’euphorie du marché, la question de leur fin de vie se pose de plus en plus. Que faire des carcasses HS composées de silicium, d’acier et de produits potentiellement toxiques ? Comment réduire l’empreinte environnementale des panneaux ?
 
Depuis 2000, le marché du photovoltaïque augmente chaque année. Alors que la production mondiale n’était que de 200 mégawatts en 2000, elle représente désormais plus de 6 700 MW. Soutenue par l’arrivée sur le marché de l’Inde et de la Chine, elle affiche une croissance de 125 %, en 2008. Quasi illimitée et très avantageuse sur le plan environnemental, l’énergie solaire s’installe aux quatre coins du monde, au point d’interroger les professionnels sur le coût environnemental de leurs panneaux.
 
Même si l'électricité produite ne pollue pas, ne génère pas de CO2, ni de déchets, la fabrication, l’installation et le recyclage ont une empreinte écologique. Et c’est dans la perspective d’une croissance exponentielle du photovoltaïque d’ici 20 ans, que les professionnels s’intéressent à l’impact environnemental des panneaux. Car selon plusieurs études, dont celle de la banque Sarasin, la capacité installée sur le globe pourrait être cent fois plus importante d’ici 2030. Il est donc question de plusieurs milliers de tonnes de matériaux à recycler (à hauteur de 130 000 pour l’Europe) et de milliers de Kwatt d’électricité nécessaires à la production des panneaux.
 
En fin de vie, la récupération limiterait les risques de pénurie et de flambée des prix
 
« Pour que le photovoltaïque soit vraiment durable, le cycle de vie des panneaux doit être sérieusement pris en compte », selon Jan Clyncke, Directeur de PVcycle, association dédiée au recyclage des panneaux photovoltaïques. « La fabrication des panneaux nécessite beaucoup d’électricité », explique Isabelle Blanc, ingénieure de recherche et responsable de projets centre énergétique et procédés à l'Ecole des Mines Paritech. Avec une durée de vie de 30 ans environ, les panneaux seraient neutres en carbone après trois à quatre ans d’utilisation. Selon les études menées sur la question, l’usage compenserait ainsi l’électricité utilisée lors de la fabrication des panneaux.
 
A l’autre bout du cycle de vie, la pollution est loin d’être négligeable. Composées de silicium, de séléniure de cuivre, d’indium ou de cadmium, les cellules photovoltaïques peuvent polluer si elles ne sont pas recyclées correctement. Les panneaux sont essentiellement composés de matériaux recyclables (verre et métal), mais la récupération du silicium, du plomb et du cadmium reste délicate. En fin de vie, récupérer ces composants rares permettrait de limiter les pénuries et la flambée des prix.
 
« Le volet juridique du recyclage des panneaux est au stade des négociations »
 
 « Lorsque les fabricants ont dû envisager le recyclage des plus anciennes installations, qui datent des années 90, ils se sont naturellement posés la question du recyclage », raconte Jan Clyncke. Parce qu’ils ont conçu les plus anciennes installations, les professionnels allemands sont les premiers à avoir envisagé de recycler les panneaux. « Depuis un an et demi, une grande majorité des entreprises productrices de panneaux nous a contacté. J’ai la sensation que les professionnels s’y prennent à temps ».
 
Fondé en 2007 PV cycle réunit désormais 85 % des acteurs européens du marché. BP Solar, First Solar, Conergy, GE Solar, Q-cells SE, Solairedirect, REC group, Solyndra ou encore Tenesol et Sunpower comptent parmis les 41 membres de l’association. « Les américains, les japonais, les chinois et les indiens font désormais appel à nous, même si nous n’opérons que sur le sol européen », note Jan Clyncke.
 
Car pour l’instant, aucun des fabricants n’est contraint par la loi à recycler ses panneaux. « Le volet juridique du recyclage des panneaux est à l’heure actuelle au stade des négociations », note Patricia Savin, avocate au barreau de Paris, du Cabinet Savin Martinet. Le principe repose donc sur le volontariat, en Europe et aux Etats-Unis. Sans réglementation précise, les installations photovoltaïques tombent sous les lois qui régissent l'élimination des déchets et des déchets dangereux.
 
La reprise et le recyclage des modules devraient être gratuit pour tous en 2010
 
Ainsi, chacun s’organise à sa façon, tel que First Solar, qui a développé un programme de collecte et de recyclage pré-financé. Déjà compris dans le prix de vente, ce programme de collecte et de traitement des déchets (dédié à l’origine à leur seule production de modules à couches minces) est ouvert à d’autres marques. En échange de la gratuité du service, First Solar conserve les matériaux récupérés. A Francfort-sur-l’Oder, en Allemagne, et dans l’Ohio, First Solar a implanté deux usines de traitement à proximité de ses sites de production.
 
L’entreprise s’est depuis engagée à partager ses techniques avec les autres acteurs du marché. « Dans ce cas, le fabricant devient recycleur. C’est plus facile pour lui et cela assure un suivi et une maîtrise des techniques de démantèlement », explique Jan Clyncke. Selon PV cycle, la reprise et le recyclage des modules photovoltaïques en fin de vie devraient être gratuit pour tous, en 2010. « Nous avons lancé un appel d’offre en ce sens et attendons des retours d’ici la fin de l’année », raconte Jan Clyncke.
 
« Actuellement, le volontariat fonctionne », mais pour combien de temps ?
 
« Avant de recycler les panneaux et de structurer les filières, il faut évaluer l’empreinte environnemental des panneaux », estime Isabelle Blanc. « Les phases de fabrication et de recyclage génèrent de la pollution, il faut donc profiter de la période d’utilisation, non polluante et neutre en carbone, pour les compenser ». L’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) vient de terminer une étude sur ce sujet. Selon le panneau, son emploi, les matériaux qui le composent et le type d’énergie (fossile, nucléaire ou autres) utilisée pour sa fabrication, le poids environnemental change.
 
Dans la perspective des années à venir, les experts et les professionnels semblent s’être mobiliser assez tôt. « Pour une fois, nous avons pris le problème assez en amont. Mais pour atteindre nos objectifs et répondre aux futurs besoins, nous nous sommes fixés des objectifs, dont celui d’obtenir un cadre juridique européen. Les discussions ont débuté il y a un an déjà, et nous les concluons en décembre », détaille Jan Clyncke. Le Parlement européen sera alors consulté. Reste à initier le même type de démarche aux Etats-Unis et en Asie. « Actuellement, le volontariat fonctionne », mais pour combien de temps ?
 
Grâce au recyclage et à l’étude pointue de son impact, le solaire photovoltaïque peut devenir une énergie verte, sans effet négatif pour la planète et réellement durable.
 
 
Marie Varasson

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