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01/05/2010
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Le concept "Cradle to Cradle" peut-il réinventer l'industrie ?
Agrion


« Lorsque l’on parle de non-déchets, les déchets viennent immédiatement à l’esprit ». Tels furent les mots d’introduction du chimiste allemand Michael Braungart lorsqu’il présenta pour la première fois à un public français son concept Cradle to Cradle (du berceau au berceau), fruit d’une coopération avec William McDonough, architecte et styliste industriel américain. « Nous aspirons à un monde centré sur les nutriments, et non avec zéro déchet » poursuivit le chimiste.
 
L’idée des nutriments comme concept commercial viable échappera peut-être à certains. Mais depuis sa création dans les années 1990, M. Braungart et M. McDonough ont acquis à leur cause de nombreuses grandes entreprises, dont Alcoa et Eastman Chemical. Ainsi, le chimiste allemand invité par Integral Vision à Paris, le représentant français de Cradle to Cradle, a expliqué ce concept lors d’une conférence.
 
Cradle to Cradle (2C) est une certification poursuivant un objectif noble : réinventer l’industrie. Avec C2C, il n'y a pas de culpabilisation ou d’encouragement à consommer moins. Il s’agit plutôt de repenser la conception industrielle pour que chaque élément d’un produit ou processus ne soit pas considéré comme un déchet en fin de vie, mais plutôt comme un nutriment avec un but différent, sous une autre forme.
 
Deux catégories de matériaux ont ainsi été définies : les matériaux techniques et les matériaux biologiques. Les premiers, tels que les plastiques et les métaux, sont synthétiques. Ils peuvent être recyclés à l’infini sans atteinte à l’environnement. Les seconds, quant à eux, sont des matériaux organiques qui peuvent être retournés à la nature pour se décomposer et ainsi nourrir des organismes vivants.
 
Au lieu de se concentrer sur l’éco-efficience, M.Braungart a appelé son auditoire à penser en termes d’éco-efficacité et à englober les idées de qualité et de plaisir. Dans ce nouveau paradigme, les déchets ne sont pas des déchets au sens propre, ce sont des sources d’alimentation pour quelque chose ou quelqu’un d’autre.
 
L’industrie peut tout à fait intégrer un tel concept dans la mesure où il lui permet de continuer à croître. Il est tout de même vrai que cela implique l’adoption de processus radicalement différents. Mais ces nouveaux processus ne seront pas vains. Bien au contraire, ils peuvent être la clé d’un succès futur. « Les éco-labels se tirent une balle dans le pied car les consommateurs pensent qu’il vaut mieux ne pas acheter de produit du tout. Avec Cradle to Cradle, l’achat de produits contribue à aider une entreprise qui est un facteur de changement. Il ne s’agit pas d’être moins mauvais, mais véritablement d’être bon » expliquait M. Braungart.
 
Près de 300 produits ont été certifiés Cradle to Cradle à la fin de l’année dernière. La certification a été lancée en 2005. Cinq critères sont pris en compte : santé des matériaux, réutilisation des matériaux, utilisation pour produire de l’énergie renouvelable, gestion de l’eau et responsabilité sociale. Quatre niveaux de certifications sont proposés (basique, argent, or et platine). Aucun fabricant n’a pour l’instant obtenu la certification platine, et seuls 47 produits ont été certifiés or. Pour se voir décerner la certification or, les fabricants doivent avoir éliminé les produits chimiques considérés dangereux pour la santé humaine et l’environnement, et alimenté leur chaîne de montage final avec au moins 50 % d’énergie renouvelable.
 
Cradle to Cradle ne se limite pas à l’écologie industrielle. Il peut également être appliqué à l’urbanisme, le bâtiment, l’économie, il les transforme alors en des sortes de systèmes biologiques. Par exemple, un bâtiment Cradle to Cradle imite un arbre en purifiant l’air autour de lui, en utilisant des éléments tels que des toits végétaux pour obtenir une empreinte écologique positive, au lieu d’être uniquement neutre en carbone.
 
Autre exemple : Desso, fabricant de moquette, a introduit le C2C dans tous ses services en 2008, et entend en faire de même pour l’ensemble de ses produits d’ci à 2020. Pour l’instant, neuf de ses références ont obtenu la certification basique.
 
« Pour nous, Cradle to Cradle n’est pas une invention. C’est une découverte de ce en quoi consiste véritablement notre travail » affirme Ruud Sondag, PDG de Van Gansewinkel Groep, une entreprise de gestion des déchets.
 
Au cours des dernières années, nombreux ont été ceux à avancer la nécessité de transformer radicalement la consommation et l’industrie pour ralentir les changements climatiques. Le nouveau paradigme Cradle to Cradle pourrait-il être la réponse que nous attendions ?
 
 
Alex Wynne

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